Focus : Bucherer Directime et heures sautantes

La Bucherer Directime Ref. 9007 figure parmi les pièces les plus originales de l’horlogerie mécanique des années 1970, alliant une l’esthétique futuriste de l’ère space-age et une rare complication mécanique qui revient en force sur la scène horlogère : l’affichage à heures sautantes. Cette montre que l’on croirait taillée pour les missions spatiales, dans un état neuf de stock remarquable, illustre à la fois l’audace stylistique et l’ingéniosité technique qui ont marqué une décennie d’expérimentations en horlogerie suisse.

La complication « Heures Sautantes »

Dans l’horlogerie mécanique traditionnelle, l’heure s’écoule de façon continue : l’aiguille des heures progresse lentement, presque imperceptiblement, au fil des minutes. La complication à heures sautantes rompt volontairement avec cette logique et propose une lecture du temps radicalement différente, à la fois plus graphique et beaucoup plus conceptuelle.

Dans une montre à heures sautantes, l’heure n’est plus indiquée par une aiguille, mais par un disque rotatif visible à travers un guichet. Ce disque ne se déplace pas progressivement : il reste immobile pendant soixante minutes, puis saute instantanément pour afficher l’heure suivante, exactement au passage de l’heure pleine. Les minutes, quant à elles, sont généralement indiquées de manière classique (par une aiguille ou un disque) et s’écoulent normalement .

Un défi mécanique

Derrière cette apparente simplicité se cache un mécanisme bien plus complexe qu’un affichage conventionnel. La montre doit accumuler de l’énergie pendant toute l’heure, via un ressort dédié, puis la libérer d’un seul coup grâce à un système de cames et de leviers. Cette libération brutale doit être parfaitement synchronisée et suffisamment précise pour garantir un saut net, sans retard ni anticipation. C’est cette exigence technique qui a longtemps réservé les heures sautantes à des productions limitées ou à des manufactures maîtrisant pleinement leur ingénierie mécanique.

Une complication ancienne, mais avant-gardiste

Contrairement à ce que son esthétique moderne pourrait laisser penser, l’heure sautante n’est pas une invention récente. On en trouve des exemples dès la fin du XIXᵉ siècle, notamment dans des montres de poche. Mais c’est surtout à partir des années 1920, puis à nouveau dans les années 1960 et 1970, que cette complication connaît un regain d’intérêt, portée par le goût pour les affichages “analogiques” et les lectures alternatives de l’heure.

Entre lisibilité et design

L’attrait de l’heure sautante ne réside pas uniquement dans sa mécanique, mais aussi dans son impact visuel. Si vous supprimez l’aiguille des heures (et même des minutes), le cadran gagne en lisibilité et devient surtout un terrain d’expression hallucinant pour les designers, remettant en cause l’architecture même d’une montre et de son affichage à aiguilles 3-6-9.

Cette approche séduira particulièrement les horlogers des années 1970, période d’expérimentation intense, où l’on cherche à réinventer la montre mécanique face à l’arrivée du quartz et des affichages digitaux. Ces affichages se retrouvent d’ailleurs dans toute l’industrie mécanique : Certains constructeurs automobiles, comme Citroën avec la GS ou d’autres marques américaines, concoivent des tableaux de bord avec des disques analogiques.

Une complication de connaisseur

Aujourd’hui, la complication à heures sautantes reste relativement rare et s’adresse avant tout aux amateurs avertis. Elle incarne une certaine vision de l’horlogerie : moins démonstrative que les grandes complications traditionnelles, mais profondément intellectuelle, à la frontière entre mécanique pure et réflexion sur la manière dont nous percevons le temps.

La Bucherer Directime 9007

La montre d’aujourd’hui fait partie de ces montres à heures sautantes évoquées ci-dessus. Et surtout, elle est une véritable lecon de style, encapsulant toute l’esthétique spage-age folle et funky dont seules les années 70 avaient le secret : Finition brossée, boîtier au dessin plus proche du vaisseau spatial que du garde-temps, verre en trois dimensions.

Calibre 1902 : mécanique dédiée

À l’intérieur, le calibre A.S. 1902 (17 rubis) anime ce module avec une architecture adaptée à l’affichage par disques rotatifs. Ce mouvement automatique, relativement fiable et simple à réparer, assure une bonne fiabilité et de la précision dans une configuration non conventionnelle.

Merci EmmyWatch pour l’illustration !

L’esthétique Bucherer des années seventies

Le boîtier tonneau de 33 × 37 mm, la finition bark brossée (effet écorce) et le cadran crème illustrent parfaitement l’audace visuelle des années 1970 et la liberté qu’avaient les bureaux de dessin de l’époque. On appréciera un boîtier tonneau taillé comme une gemme, avec deux facettes sur l’avant et des blancs séparés en deux par une même ligne. La finition « bark », rendue célèbre chez certaines Rolex Day-Date et autres montres « de forme », est très évocatrice des seventies.

Pour comprendre cette montre, il est important de la mettre dans son contexte historique : Nous sommes dans les années 70, l’homme a foulé le sol lunaire depuis quelques années, l’affichage analogique apparaît comme futuriste, et beaucoup d’objets sont conceptualisés avec des formes géométriques inhabituelles.

Bucherer : entre tradition et innovation

Dans la première moitié du XXᵉ siècle, Bucherer développe des montres estampillées Bucherer puis Carl F. Bucherer, en s’appuyant sur des mouvements suisses de premier plan (A. Schild, ETA, Felsa, etc.). La marque se forge une réputation de qualité sérieuse et discrète, loin des effets de mode, mais techniquement irréprochable.

Dans les années 1960-1970, période clé pour l’horlogerie suisse, Bucherer accompagne l’essor des montres automatiques, des designs contemporains et des complications originales — dont les affichages à heures sautantes comme la Directime — tout en traversant la crise du quartz sans abandonner la mécanique.

Restée familiale et indépendante pendant plus de 130 ans, la maison conserve son siège historique à Lucerne et incarne aujourd’hui un cas rare dans l’industrie : un acteur à la fois manufacturier, détaillant international majeur et gardien d’une tradition horlogère suisse pragmatique et durable.

Conclusions

Avec la Directime Ref. 9007, Bucherer signe une montre qui résume parfaitement l’esprit horloger des années 1970 : audacieuse sans être tapageuse, techniquement intelligente sans chercher l’esbroufe. L’affichage à heures sautantes, rarement rencontré, témoigne d’une vraie réflexion sur la lecture du temps, d’une maîtrise mécanique qui allait bien au-delà des standards commerciaux de l’époque.

Associée à un design typiquement seventies — boîtier tonneau, finition bark, cadran clair, verre en trois dimensions — cette Directime illustre la capacité de Bucherer à proposer des pièces à la fois innovantes, cohérentes et durables, loin des effets de mode passagers. Son état neuf de stock renforce encore son intérêt, offrant un témoignage intact d’une période charnière de l’horlogerie suisse.

Aujourd’hui, la Bucherer Directime s’adresse avant tout aux collectionneurs sensibles aux montres de caractère, à l’histoire technique, aux affichages alternatifs et surtout à l’esthétique space-age des seventies. Une pièce confidentielle et surtout une VRAIE montre de forme, mais profondément significative, qui rappelle que l’horlogerie ne progresse pas seulement par la complication, mais aussi par la manière de repenser le temps lui-même.

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